Comment parler du consentement aux enfants ?

La notion de consentement est apparue depuis quelques années maintenant, en commençant par le consentement sexuel qui s'est de plus en plus répandu avec les multiples dénonciations post #metoo. Pourtant cette notion peut rester floue, surtout lorsqu'il est question des enfants. Beaucoup de parents souhaitant éduquer leurs enfants sur leur droit de dire "non" ou des cas où il est préférable d'attendre l'accord de la personne pour agir, ont déjà intégré certaines bases dans leur éducation.

Si je salue cette prise de conscience, qui était plus que nécessaire pour bouger les lignes des rapports entre êtres humains, et entre adultes/enfants, je constate que des confusions existent et entravent la bonne intégration du consentement comme étant un réel besoin fondamentale à un bon équilibre intérieur.

Définition et espaces d'application

Vous avez probablement déjà vu les fameuses 5 règles du consentement :

  • éclairé,

  • libre,

  • spécifique,

  • réversible et

  • enthousiaste

La définition officielle du consentement n'aborde pas autant de critères, le Larousse dit "Action de donner son accord à une action, à un projet ; acquiescement, approbation, assentiment." Ces critères sont ceux inscrit dans la loi 1057 de 2025 modifiant la définition pénale du viol et des agressions sexuelles. Ce qui est extrêmement récent car avant cela ne figurait pas dans le code pénal !

Cependant, il manque, pour moi, des précisions concernant les agressions sexuelles sur les mineurs car il y a d'autres enjeux lorsque l'on est enfant, même si l'enfant a conscience de la puissance de son consentement.

Exemples du quotidien

Le consentement commence déjà dès le réveil, le parent peut avoir envie de faire un bisou ou un câlin à l'enfant mais celui-ci ne souhaite probablement pas cela. Il n'est pas obligatoire de demander l'autorisation à chaque fois, néanmoins une discussion peut être amené sur ce sujet : "comment est-ce qu'on peut se dire bonjour le matin ?" et voir ce que l'enfant souhaite. Il arrive que l'enfant dise "oui" alors qu'il pense "non", pour des raisons que je développe plus bas, il est alors essentiel que l'adulte soit attentif.ve au comportement et à ce qui relève du non-verbal pour ne pas fragiliser la relation entre l'enfant et lui, et aussi à l'intérieur de l'enfant, dans son corps. Tout ces gestes et situations sont à adapter en fonction de l'âge.

Débarrasser l'assiette ou forcer à manger, nettoyer le visage, changer la couche, moucher le nez sans prévenir, faire des guilis et ne pas s'arrêter malgré les "arrête !", choisir les vêtements à la place de l'enfant etc...

Voici d'autres exemples où le consentement de l'enfant n'a pas souvent son mot à dire et n'est pas forcément considéré comme une personne.

Notre rôle d'adulte

La société française participe activement au formatage des relations adultes/enfants dans le cadre de l'éducation. L'adulte est très souvent placé en figure d'autorité suprême et l'enfant comme un élément perturbateur de l'ordre et la hiérarchie établie. Si bien que, lorsque l'on souhaite faire différemment, les ressources manquent et les choix des familles courageuses de changer les choses, questionnent, interpellent et sont même caricaturé (exemple avec les contenus se moquant de la pédagogie Montessori et les nombreux articles démontant les alternatives "bienveillantes" à une éducation stricte, autoritaire et utilisatrices de nombreuses techniques de violence éducative ordinaires).

Parce que l'enfant dépend littéralement de l'adulte pour survivre, ce n'est pas lui qui va dire si ce qu'il vit est juste ou pas. C'est aux adultes qui l'entourent, de devoir faire l'effort (je vous rassure c'est de plus en plus facile avec la pratique) de se mettre "à hauteur d'enfant" (concept développé largement par Marion Cuerq).

Notre posture d'adulte, nous permet une vision beaucoup plus large et nous offre aussi le recul nécessaire sur ce que vivent les petits et grands enfants, afin d'adapter au mieux et sécuriser leur environnement par rapport aux situations qu'ils rencontrent. Les enfants ont leur mot à dire et leur prise en compte est importante, néanmoins nous sommes garants de leur sécurité (affective, relationnelle, sexuelle, environnementale, physiologique).

L'importance du consentement comme moyen de prévention efficace dans la lutte contre les violences sexuelles dès le plus jeune âge

Le spectre du consentement est large: il aborde le rapport au corps, aux émotions, à l'intimité, à la sexualité et aussi aux droits de l'enfant. Nous pouvons penser que c'est beaucoup trop simple comme "outil" pour qu'il ait toute sa place dans la lutte contre les violences sexuelles, c'est pourquoi je vais vous détailler à quel point cet outil est puissant.

Aborder l'anatomie et la notion d'intimité avec les enfants

Le consentement permet d'apprendre aux enfants, et ce dès qu'ils sont tout petits, que leur corps est important et qu'il existe des limites. En effet, grandir sans cadre clair sur les limites de son corps et celui des autres, participe à un climat incestuel, et brouille progressivement les repères de l'enfant. Un enfant sans cadre clair, pourra d'ailleurs être victime mais aussi auteur d'agression sexuelle à l'école, notamment dans le cadre de CSP ou Comportements Sexuels Problématiques.

Le manque de cadre clair fait partie des premières défaillances relevées dans les parcours personnels des agresseur.e.s sexuel.le.s.

Expliquer à un tout petit que sa couche doit être changé et en profiter pour décrire ce que nous lui faisons pendant ce change, est une occasion pour l'enfant de se connecter à son corps, sans forcément mettre des mots dessus. Cela renforce aussi le lien adulte de confiance/enfant.

En fonction de son âge et ses capacités à donner son accord, l'adulte adapte son discours et ses gestes sur l'enfant, le but étant de l'autonomiser au maximum surtout concernant ses parties intimes. Il pourra alors très vite intégrer que personne n'a le droit d'y avoir accès et encore moins d'y toucher (sauf situations de soins, mais dans un cadre clair, précis et sécurisant).

Je précise que la notion de pudeur ne s'acquière qu'aux alentours de 6/7 ans, avant cela c'est un concept abstrait pour l'enfant qui est dans la pure découverte et préhension de son corps physique, ainsi que les sensations procurées. Le respect de leur corps se développe avec le temps, et la répétition comme outil de prévention.

Les stratégies des agresseur.e.s sur les enfants vulnérables

Il existe plusieurs types d'agresseur.e.s, mais ils sont tous raccords sur le fait qu'agresser des enfants est facile car ils sont plus vulnérables (comme les personnes âgées) et que personne ne les croira (comme les personnes âgées, qui n'ont plus d'attention). C'est un fait, et notre société est responsable de cela.

Afin de mettre toutes les chances de votre côté, je vous conseille d'apprendre à votre enfant les vrais mots biologiques de leurs parties intimes (si vous avez besoin d'aide il existe des ressources livres, vidéos, jeux), car tout le vocabulaire autour du jeu utilisé par l'agresseur n'aura pas de prise.

Vous pouvez aussi expliquer la différence entre les "bons" et les "mauvais" secrets, en quoi consiste les menaces, et surtout ce qu'est un adulte de confiance, et à partir de quand un adulte perd la confiance.

Il est important de répondre aux questions de l'enfant, de ne pas laisser de place au vide, car le cerveau déteste le vide et il trouvera toutes les réponses possibles pour combler, même si elles sont inadaptées.

Quelles sont les formations pour expliquer le consentement aux enfants ?

Les formations par les organismes qui œuvrent pour la prévention

Il existe très peu de formations en France sur le consentement des enfants. Si vous cherchez sur Google, vous trouvez celles d'Isabelle Filliozat par exemple (3 à 6 ans) mais aussi celle de l'ADRAR, à destination des profesionnel.le.s dont le descriptif me semble pertinent. Certaines associations locales doivent aussi en proposer.

La formation de la vie

Il est certain que la seule réelle formation qui soit celle qui compte est lorsque nous la vivons, que nous l'expérimentons. Malheureusement, nous avons pris tellement de retard à nous éveiller au sujet, que je ne pense pas que nous ayons le luxe de pouvoir tout remettre dans les mains de la vie. Les centaines d'année d'héritage que nous tentons de dénouer en ce qui concerne les violences sexuelles ainsi que les violences éducatives, sont à faire en parallèle de notre sensibilisation à ses violences pour les enrayer dès que possible. Il y a eu assez de victimes non ?

Mon approche : à hauteur d'enfant

Expliquer à un enfant qu'il a le droit de dire "non" n'a d'impact que si ce "non" est entendu et respecté. Je vais vous raconter une petite histoire :

Mon enfant fait du foot, et a la fin de la séance, le coach propose des tirs au but. L'un des enfants fait part de sa non-envie de le faire (pour quelle raison? qu'importe il n'avait pas envie). Le coach ainsi que le père du garçon insistent pour qu'il le fasse "on n'est pas venu pour rien". L'enfant se lève et va faire un tir au but, sans grande motivation. Il ne marque pas. Instantanément, son père lui fait une remarque et l'enfant lui répond "ferme ta bouche". Le père n'approuvant pas, lui dit de venir et qu'ils s'en vont, avec "tu es puni à la maison". Et ainsi se termine l'entraînement pour cet enfant.

Ce qu'il s'est passé pour cet enfant :

Il était peut-être fatigué et n'avait plus envie de faire l'entraînement, quel était l'impact sur le groupe qu'un enfant ne participe pas ? Aucun.

Il a exprimé son refus, son besoin, qui n'a pas été entendu.

Il est forcé de le faire, mais n'y met pas du sien, ce que nous comprenons.

Il se prend une remarque désagréable et demande à la personne de se taire.

La personne adulte lui dit qu'il n'a pas à réagir ainsi et qu'il est puni.

Qu'apprend cet enfant de cet épisode ? Que ses besoins ne comptent pas, sa parole n'a pas de poids, les adultes ne le protègent pas, faire plaisir à son père compte plus que ses propres besoins.

Ce que je propose dans mon approche est, certes de se familiariser avec les besoins et le développement des enfants, mais surtout, de revoir notre posture d'adulte. Et je vous accompagne à travers cette réflexion, en parlant développement humain mais aussi en vous invitant à vous questionner à travers le fichier pdf que j'ai élaboré à faire en parallèle de cette formation.

Comme je sais que nous sommes beaucoup sur ce chemin, constituer une communauté me semblait important pour prendre soin de nos motivations et pour nous soutenir les uns les autres.

Si cette formation vous intéresse, vous pouvez y accéder ici.

Je peux aussi échanger individuellement avec vous en consultation privée, vous pouvez me contacter à contact@ekladevoix.com

Enfin, si ma vision vous parle et que vous souhaitez suivre mon travail, vous pouvez me retrouver sur instagram @ekladevoix et TikTok @celine.ekla.de.voix !

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